Images

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Page extraite du livre du souvenir de Lubartów, mêlant photographies de survivants, document, et, en bas, photographies de Lubartoviens exterminés prises avant-guerre

Les images sont des sources à part entière du projet Lubartworld. La ville, ses environs, ses habitants et celles et ceux qui y sont liés ont été photographiés, dessinés, cartographiés tout au long du 20e  siècle. Les images s’avèrent précieuses pour donner des visages aux Lubartoviennes et aux Lubartoviens, saisir leurs cadres de vie en Pologne comme dans les pays où ils et elles ont migré. En outre, l’image possède souvent un pouvoir de suggestion que les documents écrits peinent parfois à atteindre. La nature de ces sources est plurielle, depuis les portraits et les photographies familiales jusqu’aux prises de vue de la ville et ses scènes de rue. Elles rendent compte de nombreux aspects de la vie des Lubartoviens, de l’intime au public.

Ayant trop souvent une simple fonction illustrative, ces images doivent être appréhendées pleinement comme des sources. Si elles posent des problèmes méthodologiques particuliers, elles doivent être interrogées comme toute autre archive. Les envisager pleinement revient, avant de les observer en détail, à en interroger l’origine, à établir leurs auteurs et leurs positions par rapport à son sujet, le moment où elles ont été prises, le contexte qui a déterminé l’acte de prise de vue et leurs usages, de même que leur décryptage [1]Ilsen About, Clément Chéroux, « L’histoire par la photographie », Etudes photographiques, 10, ...continue.

Cette section a donc pour but de mettre en avant les images rencontrées et récupérées au cours de nos recherches mais aussi celles que nous avons spécifiquement localisées dans des fonds dédiés, en les articulant avec les autres types d’archives utilisées. Leur nature diverse se retrouve dans leur provenance. Les documents iconographiques peuvent ainsi provenir d’archives administratives, de fonds associatifs ou d’archives privées et familiales, de bases de données en ligne, de cartes postales, avoir été publiés dans un ouvrage ou dans la presse ou au contraire avoir été conservés précieusement dans un album familial. Les images reflètent donc la diversité des fonds et des documents que le projet Lubartworld entend mobiliser.

A mesure de l’enquête, nous proposerons ici une galerie d’images où chaque document sélectionné sera précisément identifié et analysé.


Portraits

Portrait de Dolek Zilberman © Yad Vashem

Les portraits reflètent le plus souvent le cadre de vie privé, bien que dans certains cas ils soient produits à destination d’usages administratifs ou publics, parfois destinés à la publication. Ils nous renseignent sur les personnes, mais comportent une importante dimension sociale, informant sur le cadre de vie, les fréquentations, les activités. Certains portraits de groupes sont aussi pris à certaines occasions. Au-delà des seuls individus, ils permettent aussi d’identifier des réseaux familiaux, des liens professionnels ou des groupes divers, depuis l’association sportive jusqu’au groupement politique.

Cette contribution des images à préciser les contours des groupes et des sous-groupes formés par les Juifs de Lubartów est particulièrement forte dans le cadre de l’émigration. Les photographies des habitants originaires de la ville et de leurs descendants témoignent du maintien des liens communautaires par-delà les frontières. Les photographies individuelles sont aussi sollicitées par les autorités en vue d’établir des documents d’identité. L’instauration de différents dispositifs de contrôle pendant l’entre-deux-guerres en Pologne et en Europe de façon générale (cartes d’identité, généralisation des passeports, etc.) pose la question de l’indentification et du contrôle des mouvements des populations au XXe siècle, mais aussi de la mise en scène de soi-même vis-à-vis des autorités. La photographie devient un élément central dans l’interaction entre ces dernières et les individus, en particulier au cours des migrations. Le soin apporté aux photos, ou le réemploi de certaines – comme des portraits de famille découpés – participent de ces démarches administratives au même titre que les formulaires.

Survivants arrivés de Lubartów à Paris, 1947  © Livre du souvenir de Lubartów, droits réservés
Photographie attachée à un formulaire de carte d’identité, 1935 © Archiwum Panstwowe w Lublinie

Vues d’ensemble

Les photographies peuvent nous renseigner sur le cadre de la vie sociale, économique et religieuse des Juifs de Lubartów, grâce aux prises de vue large de la ville, de ses bâtiments, de ses rues et de sa place du marché. De nombreuses prises de vue ont donné lieu à des des éditions en carte postale. Elles apportent à la démarche microhistorique de nombreuses informations, tant du point de vue topographique que social. Ces représentations de panoramas permettent d’aider à cartographier la ville ou à préciser certains emplacements.

Une rue de Lubartów, 1940-1942 © Fotopolska, droits réservés

Cartes et plans

Carte de Lubartów, 1812

Les cartes représentent une autre source précieuse : cartes historiques ou cartes produites au cours de l’enquête, elles permettent de visualiser des informations autant qu’elles servent à montrer les résultats de nos travaux, depuis les ségrégations spatiales qui traversent les populations à Lubartów jusqu’à la dispersion de ses habitants à travers le monde. Mais le projet entend également produire des cartes, puisque l’un de ses enjeux est de parvenir à élaborer des modes de visualisation adéquats et innovants, en particulier des trajectoires migratoires.

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1. Ilsen About, Clément Chéroux, « L’histoire par la photographie », Etudes photographiques, 10, novembre 2001, p. 8-33 ; Annie Duprat, Images et Histoire. Outils et méthodes d’analyse des documents iconographiques, Paris, Belin, 2007 ; Tal Bruttmann, Christoph Kreutzmüller, Stefan Hördler, « L’’album d’Auschwitz’, entre objet et source d’histoire », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 139, 3-2018, p. 23-42.